L’être humain, bête innée de combat ?

Article initialement posté sur www.cerclesilatdefense.com

Beaucoup d’arts martiaux et de systèmes de combat sont nés de l’observation de la nature et de combats d’animaux. On retrouve dans les panels techniques certaines dites de griffes “de tigre”, d’étranglements en “anaconda” ou autres qui trahissent cette influence. Certains styles s’identifient même complètement à tel ou tel animal “champion de combat”, notamment dans les styles de kung fu dans lesquels on retrouve par exemple le style de la mante religieuse, de la grue blanche, etc. Cette conception du combat part de l’hypothèse que ces animaux sont plus performants en combat que les humains, mais que l’homme dispose de l’intelligence pour apprendre, copier, s’inspirer et créer comme nul autre pareil afin de combler ses propres lacunes.

J’ai toutefois souhaité questionner ce postulat. L’homme ne disposerait-il pas, à l’instar de ses congénères du règne animal, de modes de défense et de survie innés ? Si oui quels sont-ils ? Comment les activer ? L’apprentissage de méthodes de combat “construites”, qui ne s’appuient pas sur ces compétences innées ou génétiques ne risquerait-il pas dès lors d’être contre-productif en opposant deux modèles, l’un inné, l’autre construit ?

Les travaux de recherche qui m’ont le plus marqué pour répondre à ces questions (et sur lesquels je me suis essentiellement appuyé pour construire cet article) sont ceux des trois experts suivants :

- Le lieutenant colonel Dave Grossman, chercheur spécialisé en combat réel, notamment en situation de guerre. Il a entre autre écrit deux ouvrages, On killing et On Combat, relatifs au volet psychologique de l’agression et du combat, ainsi que sur l’aptitude d’un homme à tuer un autre homme.

- Jean-Luc Guinot, auteur de l’ Anthropologie du combat, qui s’intéresse notamment aux ressources enfouies dans le cerveau humain qui peuvent être mobilisées dans le combat défensif de survie.

- Christophe Jacquemart, auteur de Neurocombat I et II et qui s’est particulièrement penché sur la psychologie de la violence de rue et du combat rapproché.

Ces auteurs et chercheurs s’appuient eux-mêmes sur des études scientifiques, empiriques et historiques pour étayer leurs propos, tant sur le fonctionnement du cerveau que du corps en situation de violence. Pour ma part, j’ai fait en sorte de m’approprier leurs résultats, de les confronter et de les compléter avec mes plus de 25 années de pratique et de recherche martiale, de les vulgariser et de les structurer de façon synthétique et cohérente pour vous les présenter ici.

Des facultés humaines innées et génétiques pour prévenir et faire face à la violence

La peur :

La peur est une émotion mal vue dans nos sociétés. Surtout chez les hommes, chez qui elle est perçue comme un manque de virilité ou de courage. La peur est pourtant un mécanisme de défense de base qui est certainement à l’origine de la survie de notre espèce. Elle permet de prévenir le danger pour s’en protéger. Comme le dit Robert Paturel, ancien champion de boxe française et policier du Raid, c’est le garde-fou qui permet de ne pas franchir le fossé qui existe entre courage et témérité (raison pour laquelle on retrouve les gens qui ne connaissent pas la peur dans les hôpitaux psychiatriques). Elle est une réaction naturelle à une situation qui ne l’est pas pour soi (un danger identifié ou ressenti), raison pour laquelle elle diffère en fonction des individus et des cultures. Ceux qui prétendent ne jamais avoir peur dans des situations qui ne leur sont pas normales, mentent ou se mentent à eux-mêmes. D’un point de vue métabolique, la peur intervient par activation de l’amygdale, dans le système limbique du cerveau, de même que l’activation des autres émotions.

Le syndrome général d’adaptation (ou stress) :

En réponse à une agression soudaine, que l’on ait peur ou pas, le corps met en place un système de défense en trois phases que décrit Guinot en s’appuyant sur l’exemple du combat de survie : La réaction d’alarme (phase 1), de résistance (phase 2) et d’épuisement (phase 3).

  • Phase 1 — Réaction d’alarme :

Face à la surprise d’une agression, le corps dans un premier temps se raidit, généralement au niveau de l’estomac. Il s’immobilise ensuite un instant et stoppe simultanément la respiration. Après une baisse soudaine de résistance de l’organisme liée à l’effet de surprise, le corps répond alors en activant de façon autonome le système nerveux sympathique qui sécrète des hormones : l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones vont sécréter des endorphines pour nous rendre plus fort, plus rapide et plus résistant à la douleur et aux chocs. En bref, ils vont de façon parfaitement autonome préparer le corps à la survie en priorisant sur les fonctions qui lui permettront de combattre ou de fuir.

Les réactions du corps seront fonction du niveau du stress. Si le stress n’est pas trop aigu, les réactions seront principalement l’accélération du rythme cardiaque (ayant lui-même pour effet une hausse de la pression sanguine), l’accélération de la respiration, des sueurs froides et/ou abondantes, et des crispations corporelles.

Si le stress est aigu, les effets seront plus impressionnants : tremblements incontrôlables de jambes ou des mains, envie de vomir, besoin d’uriner ou de déféquer (qui pourront avoir lieu de façon incontrôlée en cas de stress intense comme l’explique Grossman), pâleur de l’épiderme (liée à la fois à un rappel du sang des extrémités vers les organes vitaux internes et à un mécanisme de protection visant à éviter des saignements trop importants en cas de blessure). Le sang est également rapatrié de notre néocortex cérébral, ce qui explique les perturbations cognitives liées à l’agression : incapacité à prendre des décisions complexes, pertes de mémoire, altération de l’ouïe, effet tunnel etc.

Ainsi, même si ces phénomènes sont parfaitement normaux et destinés à nous aider en cas d’agression, ils peuvent également, passé un certain seuil, être contre-productifs et altérer sensiblement nos facultés motrices, sensorielles et cognitives. J’y reviendrai.

  • Phase 2 — Réaction de résistance :

Cette phase correspond à la mise en action des mécanismes de défenses physiques, physiologiques et psychologiques de l’organisme. Cette phase variera d’un individu à l’autre en fonction de sa personnalité, de son expérience, de sa capacité physique ou mentale à faire face et bien entendu de l’intensité de l’agression. Comme l’explique Jacquemart dans son ouvrage Neurocombat II, 5 options de réaction sont envisageables pour résoudre la violence: fuir, attaquer, intimider, se soumettre, négocier. Les quatre premières sont innées et nous les avons en commun avec les autres mammifères, tandis que la cinquième n’est rendue possible que par l’existence du langage humain.

Mettre en place ces réactions nécessite toutefois d’être en état de réagir et de ne pas rester bloqué à la 1ère phase. Or comme je l’expliquais précédemment, le stress peut altérer sensiblement certaines de nos facultés. La métrique de notre capacité à fonctionner sous les effets du stress est le rythme cardiaque, mesuré en battements par minute (bpm) : perte de la motricité fine à partir de 115 bpm et de la motricité complexe à partir de 145 bpm, sachant que nos battements cardiaques pourront passer de 70 (moyenne d’un adulte au repos) à 220 bpm en moins de 10 secondes. L’individu est alors bloqué en phase 1, sans possibilité de mettre en place les actions défensives de la Phase 2. C’est l’inhibition.

Sous l’effet de ce même stress, notre capacité à prendre des décisions et notre mémoire seront elles-mêmes altérées.

La zone optimum pour le combat, qui permet d’associer de bonnes capacités motrices avec une bonne acuité sensorielle (on combinera alors temps de réaction maximum et lucidité) est la tranche entre 115 et 145 bpm. En revanche l’inhibition est totale à compter de 175 bpm. C’est ce que l’on appelle la zone noire.

Cette prise de conscience invite bien évidemment à s’intéresser aux techniques de gestion du stress qui permettent de maintenir le rythme cardiaque en 115 et 145 bpm. J’y reviendrai dans un prochain article.

  • Phase 3 — Réaction d’épuisement :

Devant une situation stressante qui va durer, le système d’inhibition va entrer en action, déclenchant le processus d’affaiblissement du système immunitaire avec les conséquences associées (ulcère de l’estomac, problèmes cardiaques, cancers, dépression). Cette troisième phase n’intervient pas dans le combat de survie et de self défense au sens large, puisque ceux-ci sont de nature courte et ne s’inscrivent pas dans le temps. Je ne vais donc pas la traiter dans cet article.

Des compétences génétiques pour combattre ?

Une fois les effets du stress engagés, l’enjeu est d’être capable de répondre à l’agression (phase 2). Comme je l’ai expliqué, l’idéal serait de rester dans la zone entre 115 et 145 bpm. Mais Guinot invite à intégrer d’autres considérations. D’après ses recherches, il existe en nous des réponses adaptées, profondément enfouies, pour faire face (techniquement et tactiquement parlant) à l’agression. « Nous savons tous nous défendre contre des agresseurs, nos ancêtres nous ont transmis ce savoir, qui a permis leur survie en des temps bien plus hostiles, reste à comprendre les mécanismes d’activation, passant par le cerveau et le cervelet, mais aussi par la génétique et plus particulièrement par l’épigénétique. » (Jean-Luc Guinot, Anthropologie du combat). Guinot appuie ce propos à travers les découvertes scientifiques en épigénétique. Celles-ci mettent en avant l’importance de l’empreinte génomique. Les gènes possèdent une mémoire qui n’est pas seulement due à l’ADN, et l’hérédité ne dépend pas seulement des gènes que l’on hérite. Elle dépend aussi de l’activation ou de l’inhibition de ces gènes (l’épigénétique). L’une des grandes découvertes est que l’inhibition génétique peut se transmettre de génération en génération ce qui peut être à l’origine de l’incapacité pour l’humain d’utiliser son patrimoine génétique de combat de survie. Mais on pourrait également réactiver cette compétence qui sommeille en nous. Cela passe par l’entraînement et la visualisation (cf. mon prochain article dans lequel j’aborderai l’entraînement opérationnel pour le combat). Dans ce cas, l’entraînement sera une amorce permettant l’exploitation des qualités transmises par nos ancêtres ayant subi cette situation et trouvé une réponse.

Les distorsions de la perception, des états modifiés de conscience

Dans son ouvrage On Combat, Grossman aborde les distorsions de la perception vécues par des soldats en situation de combat de guerre. 13 distorsions principales sont vécues (je mentionne à chaque fois le taux de personnes qui ont vécu le phénomène, sur la base d’une étude effectuée sur 141 soldats : Diminution des sons (exclusion auditive) (85%), sons intensifiés (16%), vision tunnel (80%), pilote automatique (impossibilité à parler) (74%), clarté visuelle accrue (72%), ralentissement du temps avec scène vécue au ralenti (65 %), paralysie temporaire (7%), perte de mémoire pour certaines parties de l’événement (51%), perte de mémoire pour certaines des actions faites soi-même (47%), dissociation corporelle (se voir en dehors de son corps avec une vision 360° de la scène) (40%), pensées dérangeantes intrusives (26%), distorsions mémorielles («ensemble perceptif») (22%), accélération du temps des mouvement (16%).

Si certains de ces phénomènes semblent directement liés à l’activation des endorphines et à l’accélération du rythme cardiaque (ex. effet tunnel, paralysie temporaire du corps, altération du son), d’autres sont beaucoup plus étonnants et réveillent des facultés hors normes pour le combat (vivre la scène en direct au ralenti, se dissocier de son corps pour voire la scène à 360°). Ceux qui ont vécu ces phénomènes ont souvent cherché, en vain, à les réactiver volontairement. Cela laisse penser que, bien qu’ancrés dans l’être humain, on ne pourrait y avoir recours qu’en situation de survie. Nous verrons tout de même un peu plus loin des pistes pour y parvenir.

Une résistance innée à tuer son semblable ?

Malgré les points évoqués sur les facultés innées ou génétiques qui permettraient à l’homme de mobiliser tout son potentiel pour faire face efficacement à une situation de combat, il semblerait que la nature ait également instauré un garde-fou : l’homme aurait un blocage inné à tuer son semblable. C’est ce qu’analyse Grossman dans son ouvrage On killing. Malgré une tradition ininterrompue de violence et de guerre, l’homme n’est pas par nature un tueur. La grande majorité des combattants à travers l’histoire, au moment de vérité où ils pouvaient et auraient dû tuer l’ennemi, se sont retrouvés incapables de le faire. Et non seulement ils ont été incapables de tuer, mais il ont été tout aussi horrifiés à la vision d’un ennemi qui les haïssait et niait suffisamment leur humanité pour les tuer.

C’est la raison pour laquelle plus de 98% des soldats qui ont connu le combat rapproché vivent avec de graves troubles psychiatriques.

Grossman explique néanmoins les méthodes psychologiques qui ont été développées à partir de la guerre du Vietnam pour surmonter cette résistance à tuer (cf. mon prochain article).

Cette résistance est-elle liée à une inhibition génétique, à un phénomène de protection de l’espèce, où à des facteurs culturels et sociaux ? C’est sûrement une combinaison de l’ensemble.

La modernité a-t-elle atrophié certaines facultés innées et génétiques de combat ?

Comme nous l’avons vu, Guinot considère que l’homme moderne est armé pour faire face à toutes sortes d’événements inattendus et violents. Il en possède les ressources innées ou acquises, gravées dans son patrimoine génétique, tout au long de son évolution en tant qu’espèce. Grossman toutefois ne va pas si loin. Comme nous l’avons vu juste avant, l’homme aurait par exemple une résistance innée à tuer son semblable, même en situation de survie. Quoi qu’il en soit nous serions aujourd’hui plus faibles à nous défendre que nos ancêtres de la préhistoire.

Guinot considère que cela est lié au chemin de développement de nos sociétés depuis le néolithique, qui vise à désapprendre à l’humain à se battre pour sa survie. La création de structures chargées d’assurer sa protection (armée, police, forces de sécurité) a conduit l’individu à soustraire la responsabilité de sa défense personnelle à des corps structurés qui lui ont fait oublier le combat de survie. La société a ainsi rendu les faibles encore plus dépendants des forts.

Cette situation de dépendance génère de fait, inconsciemment ou non, une angoisse. D’autant plus qu’en cas d’agression, les chances sont minimes que nous soyons assistés par ceux qui sont en charge de nous protéger. Dans ces moments critiques, il devient indispensable de reprendre la responsabilité de sa survie, de celle de ses proches, ou de savoir porter assistance à des tiers.

Peut-on réactiver des facultés innées atrophiées par la modernité ?

Reprendre le contrôle de notre sécurité personnelle

Reprendre le contrôle de sa vie et redevenir fort implique de développer la confiance en soi, de savoir accepter la rusticité (c’est-à-dire la capacité à pouvoir s’adapter à toutes les circonstances, y compris les plus difficiles), de comprendre le fonctionnement de notre corps et de notre cerveau et de réapprendre à se défendre.

Comment débloquer les compétences innées et génétiques qui sommeillent en nous ?

Comme évoqué précédemment, ceux qui ont vécu des états de conscience modifiés en situation de combat extrême ont généralement été dans l’impossibilité de retrouver cet état à la demande à l’entraînement ou en combat. C’est ce qui pousse les adeptes des arts de survie et de self défense à se focaliser sur ce qui dépend d’eux : acclimatation à la violence, gestion du stress, apprentissage et répétition de techniques qui fonctionnent malgré les perturbations motrices, sensorielles et cognitives, apprentissage des éléments sous-jacents et sus-jacents au combat etc. Ces points font partie de ceux que j’aborderai dans mon prochain article.

J’ai tenté d’identifier des leviers ce qui permettrait de réactiver ces états de conscience modifiés, enfouis en nous. Voici des pistes d’exploration :

  • La mobilité animale pour réveiller des zones endormies du cerveau :

Dans mon article “L’usage des techniques “reptiliennes” et “animales” en Penchak Silat & Self Défense”, je mentionnais les travaux de Kenji Tokitsu, spécialiste de Tai Chi de Combat et de Kiko (Qigong japonais) et du docteur Yayama. Dans l’un de ses ouvrages, Tokitsu explique que, contrairement aux apparences, les capacités de mobilité de la colonne vertébrale des êtres humains est largement supérieure à celles des animaux qui ont pourtant une forte capacité d’ondulation (félins et poissons par exemple). Mais l’homme moderne a perdu cette capacité et s’est progressivement bloqué et rigidifié. D’après lui, les mouvements reptiliens permettent non seulement de stimuler, redresser, activer et renforcer la colonne vertébrale, mais permettent également d’activer des zones endormies du cerveau car c’est celui-ci qui active le corps. En rampant comme un crocodile, on pourrait ainsi stimuler la partie reptilienne la plus profonde du cerveau, et réveiller des fonctions vitales endormies chez les hommes modernes, comme par exemple la capacité à émettre le ki (l’énergie). C’est un volet qui peut paraître ésotérique et qui mériterait certainement des études scientifiques complémentaires, mais que que je trouve néanmoins intéressant.

  • Les états de flow et de transe pour se conditionner au combat :

Dans mon article “Faut-il pratiquer les katas”, je traitais la question de l’état de flow. Cet état se situe au moment où le corps et l’esprit se fondent, comme l’explique le chercheur en psychologie Mihály Csíkszentmihályi qui a élaboré ce concept. Les arts martiaux et les arts de guerre ont toujours été précurseurs dans ce domaine. Les danses chamaniques que l’on retrouve en Afrique avant d’aller à la chasse aux lions, ou en Nouvelle-Zélande (le fameux haka popularisé par les All Blacks, mais originaire des danses guerrières maories) préparent à affronter un ennemi en se conditionnant tant physiquement que psychiquement. Ces cultures ont compris qu’un esprit lucide et civilisé n’était pas capable d’affronter un ennemi déterminé et fort et que les rituels de danses guerrières permettaient d’atteindre cet état second qui permet d’aller au combat. Les civilisations qui n’ont pas développé ces pratiques guerrières, ont toutes trouvé des modes compensatoires. C’est ainsi que les soldats des tranchées durant la guerre de 14–18 étaient réputés pour boire beaucoup d’alcool. Cela leur permettait d’avoir le courage d’aller sous le feu de l’ennemi, malgré les effets néfastes collatéraux associés.

L’auteure Corine Sombrun, qui a vécu pour la première fois les effets de la transe chamanique en effectuant un reportage au nord de la Mongolie pour la BBC en 2001 explique également les effets induits par cet état : perte de la notion de l’espace et du temps, diminution de la perception de douleur, augmentation de la force physique, visions etc. Elle a depuis développé, en collaboration avec des scientifiques de l’INSERM, un protocole de transe cognitive pour entrer et sortir de l’état de transe et retrouver ces effets.

  • La méditation pour atteindre le Satori :

Le Satori est un terme du bouddhisme zen qui pourrait se comparer à l’état d’éveil permanent. Pour les bouddhistes, le Satori n’est pas un état spécial de la conscience mais plutôt un retour à l’état original et naturel de l’esprit humain. Il nécessite de se débarrasser complètement de tout égo pour atteindre un état de non-conscience. Il est très difficile d’expliquer un concept issu d’une culture et d’une langue différente de la notre. Eugen Herrigel, philosophe allemand qui approcha la pratique du zen au début du XXème siècle en s’initiant au tir à l’arc japonais, explique que dans cet état, “Pour échapper aux coups qui le menacent, il faut que l’élève acquière un sens nouveau, ou mieux une acuité nouvelle de tous ses sens, comme une sorte de pressentiment.” Il faut pour cela “que l’élève se dépouille de toute idée d’intention et perde toute individualité ; il doit arriver au point où, non seulement il se détache de l’adversaire, mais encore de lui-même.” Dans le Zen, cela passe par l’harmonie du corps et de l’esprit qui se pratique par la méditation.

Pour conclure :

Les effets de la peur et du stress, l’activation de gènes dédiés à notre survie ou encore les états modifiés de conscience, sont autant de phénomènes qui se mettent naturellement en place en situation de violence sans que l’on ait à les commander, ni à les apprendre. Certains phénomènes jouent en notre faveur. D’autres peuvent au contraire nous limiter. Les connaître permet de mieux explorer les leviers pour optimiser des bienfaits des uns et de limiter les impacts négatifs des autres. Elle permet également de prendre confiance dans l’incroyable potentiel de l’être humain pour assurer sa survie, indépendamment de tout apprentissage martial.

La prise de conscience de ce qui se passe dans son corps et dans son psychisme permet également d’avoir une approche opérationnelle lorsque l’on souhaite se former et s’entraîner en self défense. Elle permet d’intégrer cette composante à un ensemble plus large que la seule compétence technique.

Mais explorer ces phénomènes est également un axe d’investigation privilégié pour prendre confiance en soi, mieux se connaître et découvrir les incroyables ressources dont l’être humain est doté.

Cercle Silat Défense : Self Défense — Penchak Silat

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