La répétition, mère de l’apprentissage

Article initialement posté sur le site internet www.cerclesilatdefense.com

“Repetito mater studiorum est” (la répétition est mère de l’apprentissage) — Proverbe latin

La répétition pour limiter le temps de réaction du cerveau en combat

Dans un précédent article paru sur ce même blog, “Les 4 piliers de la préparation au combat”, j’expliquais que si le cerveau devait choisir parmi un panel trop important de techniques, celui qui se faisait agresser avait toutes les chances d’être mis en échec car le temps de sélection d’une réponse serait de facto trop long pour bloquer l’attaque. Comme l’explique Franck Ropers dans son ouvrage Self-Défense Penchak Silat parues aux éditions EM :

  • une parade prend environ 0.25 s pour les plus rapides et les plus entraînés
  • Le temps d’activation du cerveau est de 0.10 s environ pour les plus réactifs.
  • Le temps de sélection d’une réponse est de 0.8 s.
  • ou avoir emmagasiné peu de techniques (pour limiter le temps de sélection) mais de les maîtriser parfaitement. À l’entraînement, l’enjeu sera donc de répéter quelques techniques et enchaînements simples pour créer des automatismes qui ressortiront spontanément en état de stress. Comme dit l’adage, mieux vaut répéter dix techniques un million de fois, que de répéter dix fois un million de techniques. L’objectif est de simplifier les réponses en les réduisant à leur strict nécessaire pour en faire des techniques “passe-partout” rapides et polyvalentes.

La répétition pour gagner en confiance et reprendre l’ascendant psychologique

On reproche parfois aux système de self défense de répéter des défenses types face à des attaques types et que cela délaisserait tous les types d’agressions qui n’auraient pas été vus à l’entraînement. Outre le fait que ce raisonnement n’intègre pas les autres intérêts de la répétition que j’évoque dans cet article, il omet également un autre aspect: la répétition a également pour vertu de développer l’assurance de celui qui les pratique. Répéter jusqu’à créer des automatismes avec lesquels on se sent à l’aise est un booster de confiance. C’est le fameux “spécial” des champions, qui ont répété une technique tellement de fois, qu’ils savent que s’ils appliquent leur technique, l’adversaire ne pourra rien faire.

La répétition pour développer des automatismes en motricité fine

Dans le même article de blog, je mentionnais que sous stress, les enchaînements compliqués sont infaisables (perte de la motricité fine à partir de 115 battements par minute (bpm), et de la motricité complexe à partir de 145 bpm sachant que nos battements cardiaques pourront passer de 70 à 220 battements par minute en moins de 10 secondes).

La répétition pour dépasser le geste

La tradition martiale japonaise nous explique les bienfaits de la répétition du geste à travers le concept du Shu Ha Ri. Shu Ha Ri décrit les 3 étapes de l’apprentissage et peut se traduire par :

  • Ha : comprendre les règles. La répétition permet progressivement de comprendre la forme, dans ses subtilités. Le pratiquant intériorise le mouvement, il l’explore dans ses multiples facettes, il le sent et devient capable de l’appliquer en combat sans même y penser.
  • Ri : transcender les règles. La répétition permet de comprendre l’essence de la forme, d’en garder l’essence, d’oublier la forme pour retrouver une liberté totale.

La répétition pour renforcer le corps dans sa globalité

Enfin, la répétition permet de renforcer des zones non musculaires du corps humain. Beaucoup de sportifs et de pratiquants d’arts martiaux se focalisent sur les muscles. La musculation est bien entendu indispensable, mais les muscles s’intègrent dans une chaîne plus longue intégrant le squelette, les articulations, les tendons et les ligaments. Or ce sont des zones peu vascularisées. Il n’est donc pas possible de les renforcer comme on renforce un muscle. La seule façon de les renforcer est d’y envoyer un maximum de signaux nerveux, afin que le cerveau se les approprie et les connaisse de fond en comble. Les deux seuls leviers pour développer ce réseau sont d’une part le travail en lenteur et en concentration (cf. mon article dédié sur les bienfaits du travail en lenteur), et la répétition de mouvements qui permettra de développer de nouvelles connexions neuronales.

Cercle Silat Défense : Self Défense — Penchak Silat

Cercle Silat Défense : Self Défense — Penchak Silat